Histoire

Aux origines

On connaît peu de choses des origines de la paroisse de Montebourg.

De la brume de l’Histoire lointaine émerge en premier le Mont-Castre, entouré d’une solide levée de terre, abri facile pour une population et vigie sur toute la partie orientale du Cotentin. Gaulois du temps des Unelles de Viridovix et de la conquête des Gaules, ou simplement refuge aux siècles incertains qui précédèrent les invasions saxonnes du Vème siècle, il signifie avant tout qu’il y avait, à proximité, du côté de la petite rivière de la Durance, une population regroupée qui, de temps à autre, devait s’en servir comme abri: quelques rares objets, telle une marmite en fonte de l’époque gallo-romaine, y ont été retrouvés et sont conservés dans les collections du Musée Emmanuel-Liais à Cherbourg. Les Vies de Saints des origines chrétiennes du Cotentin, celle de Floxel, jeune martyr pour le Christ, et celle de Saint Germain “à la Rouelle”, dit encore le “Scot”, premier évangélisateur de la presqu’île au Vème siècle, mentionnent Montebourg comme une communauté structurée. Le nom même de Montebourg, formé de “burgus” qui signifie “lieu habité fortifié”, même s’il n’apparaît authentiquement que vers 1042 sur une charte de l’abbaye de Cerisy, serait, pour certains historiens, d’origine saxonne, c’est-à-dire qu’il daterait des invasions germaniques du Vème siècle.

Montebourg commence vraiment avec la fondation de son abbaye.

Voici quelques jalons pour se repérer dans le presque millénaire de son Histoire écrite:

 

De la fondation de l’Abbaye à la Guerre de Cent Ans

v. 1080 : Le moine Roger qui, dit la légende consignée sur parchemin quatre siècles plus tard par un Bénédictin de l’abbaye, dom Denis Clémence, vient de Savoie s’endort sur la Musaresse et fait un songe dans lequel une étoile lui indique le lieu où il doit fonder une maison de prière sous le vocable de Notre-Dame. C’est le début d’une longue histoire, parfois mouvementée, entre l’abbaye et le bourg qu’elle va développer.

1135 : Henri 1er Beauclerc, duc de Normandie et roi d’Angleterre meurt. C’est lui qui, à la suite de Guillaume le Conquérant, le (possible) fondateur de l’abbaye, a donné au monastère de nombreux privilèges économiques et juridiques pour qu’elle organise l’espace rural environnant et pour que le bourg naissant devienne un lieu actif d’échanges commerciaux. L’aboutissement de cette volonté, ce seront les onze foires qui jalonneront l’année à Montebourg dans la première moitié du XXème siècle, c’est le marché hebdomadaire du samedi qui a attiré tout le Cotentin comme l’atteste le Journal du Sire de Gouberville au XVIème siècle, c’est la foire aux chevaux de la saint-Floxel, réputée jusque dans les bureaux de Colbert au temps de Louis XIV, et c’est l’implantation d’un très fort artisanat lié à l’élevage: bouchers, marchands de suif, et les artisans du cuir, tanneurs, cordonniers, bourreliers…

1152 : Puissance et splendeur à Montebourg: l’abbatiale est consacrée par l’archevêque de Rouen et les évêques de Normandie en présence des abbés des monastères de la province, du futur Henri II Plantagenêt et des grandes familles qui ont fait souche en Angleterre au temps de Guillaume. De cette abbatiale, “la plus belle de Normandie occidentale” de l’avis de l’historien Lucien Musset, professeur émérite de l’Université de Caen et ancien doyen, il ne restera pas pierre sur pierre. La Révolution et la cupidité la raseront jusqu’à la base des piliers.

1250-1266 : visites d’Eudes Rigaud, l’archevêque de Rouen à l’abbaye. Il trouve à chaque fois environ 36 moines (à l’exception de quelques religieux des prieurés, notamment en Angleterre). La gestion est bonne, les moines suivent fidèlement la règle de Saint Benoît (sauf le prieur de Vernon, que l’archevêque menace de sanctions), et ils pratiquent régulièrement l’aumône auprès des pauvres, des pèlerins et des errants.

1329 : le bourg a peut-être 1 500 habitants et l’abbé Pierre Ozenne, un Montebourgeois qui est à la tête de la trentaine de moines de l’abbaye, célèbre avec l’évêque de Coutances, le 2 septembre, la consécration de la nouvelle église paroissiale dédiée à saint Jacques le Majeur qu’il vient de faire construire sur les deniers du monastère. Le chœur a été édifiée sur les fondations d’une première église , du XIIe siècle (dont on a retrouvé trace dans les travaux de restauration effectués après les destructions de 1944). Pourquoi saint Jacques, compagnon du Christ et premier apôtre exécuté pour sa fidélité ? A cause de la popularité du pèlerinage à Compostelle en Espagne, au tombeau de l’apôtre, et parce que Montebourg se trouve sur le chemin des pèlerins anglais qui débarquent à Barfleur. L’église est parvenue jusqu’à nos jours dans sa pureté primitive, malgré les blessures de la bataille de Montebourg en juin 1944.

 

La Guerre de Cent Ans

1346 : Edouard III d’Angleterre débarque à Saint-Vaast-la-Hougue, brûle Montebourg et emmène les bourgeois de la ville comme otages (des chroniques anglaises disent que Montebourg a été épargné) : c’est le début du conflit franco-anglo-navarrais qu’on appelle la Guerre de Cent Ans, dans lequel les Montebourgeois comme tous les Normands se trouvent aux premières loges et connaissent les ruines, les famines, et l’exil. L’abbaye sert de garnison aux Anglais à partir de 1356. Le bourg est fortifié et démantelé à chaque fois qu’il change de mains (il reste aujourd’hui un pan de rempart et une tour de ces fortifications médiévales en face de la maison de retraite, route de Quinéville). C’est à cette période qu’est né l’adage “Qui tient Montebourg tient Cherbourg” qui s’illustrera si explicitement six siècles plus tard, lors de la bataille des Alliés pour Cherbourg en juin 1944. Montebourg, point élevé dominant le Cotentin, est le verrou ultime sur la route de Cherbourg.

1356 : la chevauchée du duc de Lancastre. Le duc de Lancastre et ses troupes font de l’abbaye leur repère pour une longue chevauchée “razzia” à travers toute la Normandie en juillet. Il y a au moins un millier d’hommes dans l’enceinte du monastère. Les Anglais stockent leur butin à l’Abbaye avant de rembarquer.

1357 : l’abbaye est aux mains du roi de Navarre, Charles le Mauvais, l’allié des Anglais et le suzerain de tout le Cotentin.

1378 : Du Guesclin chasse les Anglais et s’établit à Montebourg. Le roi Charles V prend la décision de fortifier le bourg. L’Amiral de France, Jean de Vienne, lui succède. Mais c’est si peu tenable pour le parti français que, disent les chroniques, on abandonne Montebourg pour se replier sur Carentan. Le Cotentin est devenu une sorte de no man’s land dont on a évacué les habitants.

1389 : le prieur de La Bloutière écrit à propos de Montebourg: « les habitants abandonnèrent Montebourg et tout le païs de Costentin, qui pourtant estoit le païs le plus gras du monde« . Tout est désolé. “Le païs a esté vuidé des gens qui y demouroient, et a esté sans riens y demourer l’espasse de 20 ans ou environ”. Les habitants ne reviennent que peu à peu à partir de 1392. Des villages du Cotentin resteront encore sans possibilités fiscales pour le Roi pendant des décennies.

1405 : nouvelle période noire. En juin, le duc de Lancastre et ses troupes débarquent. Montebourg est mis à sac, brûlé. Peut-on encore ajouter de la misère à la misère?

1417 : la Normandie est anglaise pour une génération. Le duc de Bedford qui la gouverne veut en faire le fleuron français de la couronne. Pour en former les élites, il fonde l’Université de Caen en 1436, L’Eglise est plutôt favorable à l’ »occupation anglaise ». Mais il y a parmi les clercs, de solides fidélités au Roi de France. Ainsi, l’abbé de Montebourg, Guillaume Guérin, se retrouve dans les prisons anglaises pendant des mois pour « crime de lèse-majesté » à l’encontre du Roi d’Angleterre.

1440-1450 : la Normandie redevient française. A jamais. Montebourg avec. L’abbaye, qui a été un foyer actif de la résistance dans les dix dernières années de l’occupation anglaise, panse ses plaies. La tour de l’église abbatiale et le chœur sont renconstruits dans le style « flamboyant » dont un dessin de Gerville en 1817 témoigne.

 

De la « recouvrance » de la Normandie à la Révolution

1545-1562 : foires et marchés de Montebourg vus par Gilles de Gouberville, un petit seigneur du Val-de-Saire. Son journal témoigne de la forte activité économique de Montebourg à cette époque. Des chandelles aux harnais en passant par le suif, le vin et les remèdes, on y trouve tout ce dont un bon manoir a besoin bon an mal an pour bien se conduire.

1562 : Les Huguenots (qu’on appelle alors les Christandins) investissent le bourg et pillent l’abbaye. Gilles de Gouberville fait écho de la rumeur qui les dénombre à plusieurs milliers dans Montebourg.

1585 : L’abbé Bon de Broë fonde la première école à Montebourg dans un immeuble qui borde la rue des Ecoles (ou rue Verglais, du nom d’un curé de Montebourg au temps de François 1er). Malgré les bouleversements de 1944, les écoles y sont toujours.

1632 : Saint Jean Eudes prêche une mission et lance la reconquête catholique à Montebourg: il faut catéchiser pour que les enfants et les adultes formulent clairement leur foi, donc, il faut leur apprendre à lire et à écrire, les former moralement et chrétiennement, en même temps qu’il faut former les prêtres à leur tâche pastorale. Cet état d’esprit se maintiendra jusqu’à la Révolution laquelle, dans ce domaine ssera vraiment une cassure à Montebourg.

1680 : Emigration au Canada: une famille de Montebourg, les Rolland, s’embarque pour la Nouvelle-France, le père et les quatre filles, et y fait souche. La lignée continue encore aujourd’hui.

Fin XVIIe s. : L’embocagement commence à se généraliser autour de Montebourg: c’est-à-dire l’établissement de haies pour enclore les champs, même cultivés de céréales. les « clos » se transforment insensiblement en herbages, sur lesquels on développe l’élevage traditionnel de chevaux, mais aussi de bovins, pour la viende et pour le beurre. L’intérêt économique du « couchage en herbe » des champs labourés se double d’un avantage fiscal: on ne perçoit pas de dîme sur l’herbe! L’Abbaye « veille au grain » pour protéger ses dîmes, mais le couchage en herbe se fera, inexorablement.

1718 : Pour lutter contre la misère des plus pauvres et pour donner un asile aux infirmes, aux vieillards et aux enfants abandonnés de Montebourg, l’abbé, Mgr de Carbonnel de Canisy, ancien évêque de Limoges, fonde l’hôpital-hospice à l’endroit où s’élève toujours la maison de retraite.

1765-1785 : Montebourg se modifie: on construit la route royale qui va de Paris à Cherbourg. Les habitants de Montebourg ont envoyé une pétition au Roi pour que la route passe en plein bourg, au milieu de la place principale, le Haut-Marché, afin de favoriser les foires et le commerce. C’est accordé. Il y a bien quelques protestations, notamment celles d’un ancien officier des armées du Roi qui menace de “fusiller” les ouvriers s’ils s’attaquent aux murs qui enclosent son logis. On démolit quelques vieilles tanneries et, à leur emplacement, on construit le pont qui enjambe la Durance près du lavoir de la Foulerie. La route passe et, avec elle, le Roi Louis XVI allant inaugurer les cônes de la future rade de Cherbourg. Très acclamé.

1780 : L’abbé, Mgr de Talaru (qui est évêque de Coutances) affectionne particulièrement son abbaye qu’il transforme en maison de retraite pour vieux prêtres. Il n’y avait plus qu’un seul moine, Dom Claude Jacquetin. Pour donner du travail aux Montebourgeois et aussi aux Montebourgeoises, il crée un atelier de coutil (dont la réputation se maintiendra jusqu’au bord du XXème siècle) et un atelier de dentelle. Mais la Révolution toute proche ruinera en partie ces nouveautés et l’abbaye elle-même disparaîtra, pierre après pierre, du paysage montebourgeois.

1789 : “Le huit mars au son de la cloche”, les habitants se sont assemblés dans le cimetière pour rédiger le cahier de doléances de la paroisse. Ils sont une trentaine – des hommes seulement – , dont Jacques Lemor, René Geoffroy, Jacques-François Leprévost, Louis-Etienne Tardif, notaire, et Jean Le Saché, désignés pour porter le cahier à Valognes. Parmi les signataires, il y a des noms qui ont “poussé” jusqu’au XXème siècle: Hamelin, Féron, Le Berger, Le Cacheux, Agnès, Osmond, Fontaine, Anfray… Quand les choses se sont gâtées, à partir de la fin 1791, après l’obligation pour les prêtres de prêter le serment constitutionnel, et la mise en place à Montebourg des prêtres « jureurs », les vieilles familles ont abandonné leurs fonctions municipales et ont subi parfois des visites domiciliaires. Mais les Montebourgeois ont été plutôt tièdes révolutionnaires: le district de Valognes insiste, par exemple, pour qu’on retire la mention “Vive le Roi” qui orne toujours le draperau de la Garde nationale de Montebourg: nous sommes à l’automne 1793, le Roi avait été déchu depuis plus d’un an et guillotiné six mois auparavant, le 21 janvier.

1792-1817 : la destruction de l’abbaye s’étend sur plus d’un quart de siècle. Les propriétaires successifs ont fait disparaître les bâtiments monastiques : le cloître, la salle capitulaire (identifiée comme la chapelle Notre-Dame de l’Etoile, et qui conservait le tombeau de Richard de Reviers et de plusieurs abbés), le dortoir, le réfectoire, les appartements du prieur, et surtout l’église abbatiale, dont la tour a été minée en février 1818, après que Charles de Gerville ait eu le temps de dessiner ce qui restait de l’abbaye (dessins conservés à la Bibliothèque municipale Jacques-Prévert de Cherbourg). Ces bâtiments ont servi de “carrière de pierre”. N’ont été conservés que des bâtiments utilitaires: le logis abbatial édifié dans la première cour en 1701 par l’abbé commendataire de l’époque, Mgr de Carbonnel de Canisy, un autre logis abbatial, plus ancien, construit sous l’abbatiat du cardinal Guillaume d’Estouteville (fin XVe siècle), la double porte (XIVe siècle), le colombier, les bâtiments agricoles et le moulin. Ont été également conservés les murs qui enclosent la vingtaine d’hectares du domaine de l’abbaye. Et l’étang qui servait à la fois de réserve de poisson pour les moines et de reserve d’eau pour actionner la roue du Moulin de l’Enclos.

 

Du Roi à la République

1830 : les Montebourgeois saluent le roi Charles X qui part en exil après la Révolution de Juillet.

1844 : Cette année est celle de la naissance du futur Mgr Le Nordez, évêque de Dijon, malheureux prétexte à la Séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1904-1905, mais une des gloires du pays cassin, encore aujourd’hui. C’est aussi l’année où des religieux enseignants, qui se sont constitués sur le modèle des religieuses de Marie-Madeleine Postel à Saint-Sauveur-le-Vicomte, reprennent les lieux dévastés de l’abbaye. Ces Frères de la Miséricorde vont y bâtir un établissement scolaire réputé et leur excellente connaissance de l’élevage va faire de l’abbaye de Montebourg le véritable berceau de la race bovine normande grâce aux qualités exceptionnelles d’un taureau à la prestigieuse descendance, “Enjôleur”. Les “frères aux vaches” renouent ainsi avec la tradition des moines bénédictins du temps des ducs de Normandie. ils reconstruiront l’abbatiale à partir de 1892. C’est cette même année qu’Alexis de Tocqueville, membre de l’Académie Française, auteur de La Démocratie en Amérique, député de la Manche depuis 1839, conseiller général de Montebourg depuis 1842, rend son rapport sur le chemin de fer Paris-Cherbourg et s’engage fortement pour le projet.

1848 : La Révolution a chassé le roi Louis-Philippe. Montebourg plante l’arbre de la Liberté. Les membres de la garde nationale locale armés de piques aux flammes tricolores, accompagnés du bataillon de Fontenay, de la compagnie d’artillerie de Valognes, de la compagnie de pompiers de Montebourg, d’une musique faisait carré d’honneur au curé, au maire et aux personnalités du canton pendant que des salves de canon ponctuaient la solennité du moment. Le curé bénit l’arbre, “emblème de nos libertés”, rappelant que “la Religion du Christ voit du même œil les Républiques et les Monarchies,…et que “Liberté, Egalité et Fraternité sont les grands principes que notre divin Sauveur, le premier de tous, est venu apporter dans le monde”. “L’Eglise, conclut le curé, s’associe à tous ceux qui ont pour devise les droits sacrés de l’ordre, de la justice et de la liberté”.

1848-1852 : Après la Révolution de février, Alexis de Tocqueville, travaille à la rédaction de la nouvelle Constitution qui est promulguée en novembre et qui prévoit l’élection du Président au suffrage universel. En décembre, Tocqueville, en faveur de la République sans ambiguïté, soutient le général Eugène Cavaignac. Celui-ci obtient 1,4 million de voix, contre 5,4 millions à Louis-Napoléon Bonaparte, et 8 000 à Lamartine! De juin à octobre 1849 , Tocqueville devient Ministre des Affaires étrangères et il est élu président du Conseil général de la Manche. Lors du coup d’Etat du Prince-Président Louis-Napoléon Bonaparte, le 2 décembre 1851, Tocqueville fait partie des 300 députés qui décrètent que «Louis-Napoléon Bonaparte est déchu de ses fonctions de Président de la République» et que «les citoyens sont tenus de lui refuser obéissance.» Les députés de la Manche, François-Hervé de Saint-Germain, Henri-Charles, comte Du Parc, maire de Réville, Alphonse Ferré des Ferris, maire du Teilleul, et même le comte Napoléon Daru, fils du célèbre intendant général de la Grande Armée, pair de France de 1833 à la Révolution de 1848, et député de la Manche depuis 1849, qui habitait le château de Chiffrevast à Tamerville, ont signé avec Tocqueville le décret de déchéance du prince-président, et sont mis en prison avec lui. Victor Hugo fait le récit de ces événements dans L’Histoire d’un crime. «M. de Tocqueville, écrit-il, qui était malade, jeta son mateau sur le carreau et dans l’embrasure d’une fenêtre, s’y coucha. Il resta ainsi étendu à terre plusieurs heures.» Louis-Napoléon Bonaparte lui fit présenter ses excuses le 5 décembre, excuses que Tocqueville n’accepta pas. Le 21 novembre 185I, les électeurs approuvent massivement le coup d’Etat. 80% de oui dans le canton de Montebourg. Aux électeurs de Montebourg, il fait savoir qu’il se retire. Il ne se présentera pas aux élections cantonales de juillet 1852, estimant que les Conseils généraux avaient perdu toute indépendance.

1858 : Montebourg rate son entrée dans l’ère contemporaine: le chemin de fer inauguré par Napoléon III passe au large. Le maire, qui s’appelait Lemor (tout un programme!) n’en a pas voulu. C’est dans ces années que le cimetière est transféré de la Place Saint-Jacques vers le Grand Clos, “par mesure sanitaire”. Depuis, selon le mot de Mgr La Nordez, “l’église Saint-Jacques va pieds nus”.

1870 : 8 mai 1870, Montebourg plébiscite l’Empire: Napoléon III fait recette à Montebourg par 382 oui contre 93 non et 25 bulletins blancs ou nuls, soit l’Empire plébiscité à 76% des votants (93% pour l’ensemble du canton). Reste que l’usure s’est fait sentir en 18 années de règne du neveu de Napoléon. En 1851, le 2 décembre, les Montebourgeois étaient à 94% derrière le prince-président accomplissant son coup d’Etat (470 oui), et l’année suivante, ils étaient même un peu plus à le vouloir comme Empereur (495, soit 94,3% de oui voulant le rétablissement de l’Empire français avec Bonaparte couronné). Pourtant, après la chute de l’Empire, c’est le prince de Joinville, un des fils de Louis-Philippe, pour lequel les Montebourgeois votent massivement comme député de la Manche, sans aucun regret. Le rêve de Monarchie modérée, alliant la dynastie des Bourbons aux principes acquis de la révolution échoue en 1873: la restauration estimée impossible renvoie les électeurs vers une République qu’ils espèrent conservatrice. C’est en 1877 que les Montebourgeois basculent du côté de la République par 280 voix contre 178 au candidat bonapartiste, Le Marois, qui sera quand même élu grâce aux communes rurales et au canton de Bricquebec.

 

De l’opulence à la ruine 1870-1944

1883 : Les vieilles halles médiévales sont détruites. On reconstruit une vaste halle dans le goût du temps, utilisant la fonte, le bois et le zinc.

1886 : Après de très longues discussions, le train de Barfleur à la grande ligne a son débouché économique à Montebourg-Le Ham via Montebourg-ville. La gare de la ville est dans le haut du bourg, près du Calvaire, et elle est particulièrement active aux jours de Chandeleur, de foire de la Mi-Carême, à la saison des choux-fleurs ou des pommes. En 1896, pour le sacre épiscopal de Mgr Le Nordez dans l’église de Montebourg, elle est prise d’assaut. La gare est aussi un des éléments qui contrbuent à l’exode rural, le bourg baissant jusqu’à 1 200 habitants vers 1920, la moitié de la population de 1789!

1892 : les premières pierres de la nouvelle abbatiale sont posées.

1899 : inauguration de la statue de Jeanne d’Arc offerte par Mgr Le Nordez à la suite d’une promesse faite par l’évêque aux Montebourgeois le jour de son sacre, le 9 août 1896 dans l’église Saint-Jacques.

1901 : L’hospice est entièrement rénové et augmenté. La mairie nouvelle est inaugurée, Place du petit Marché, en même temps qu’arrive l’électricité. Avec les Halles, reconstruites en 1883 en style Baltard (avec structure de fonte et de fer), et la statue de Jeanne d’Arc à cheval, inaugurée deux ans plus tôt, Montebourg prend l’allure d’un bourg cossu tel qu’on le conçoit dans le goût de ce XIXème siècle finissant.

1901-1903 : Les lois sur les Congrégations obligent les religieux à demander la reconnaissance de leur Institut qui leur est refusée par le Gouvernement. On est en pleines luttes anti-cléricales. Les frères sont expulsés en 1903 après une journée houleuse où la troupe intervient sous les huées de la foule. Un jeune d’Eroudeville, Edme Le Saché, est arrêté et ovationné comme un héros par les manifestants. La communauté s’éparpille, certains frères vivant de véritables drames humains. Ils ont été obligés de quitter leurs écoles dans lesquelles ils enseignaient parfois depuis plus de vingt ans. Quelques-uns se regroupent en exil en Belgique, autour du Supérieur général, le frère Augustin, avec quelques jeunes novices.

1922 : L’année du retour des Frères est aussi celle de la mort de Mgr Le Nordez et de l’inauguration du Poilu qui fixe dans le bronze une attitude que l’évêque campa devant le sculpteur, Descatoire, pour son soldat de 14-18. C’est aussi l’année où – trait de génie – le conseil municipal et son maire, le Docteur Le Cacheux, vont donner une dimension nationale et internationale à la Chandeleur. Ils vont créer un concours de taureaux pour encourager la sélection travaillée de longue date autour de Montebourg, en particulier dans le Val-de-saire. C’est l’âge d’or de la race normande qui conquiert l’espace rural français et dont Montebourg est la vitrine. En 1927, le Consul des Etats-Unis et celui d’Uruguay sont reçus officiellement à la Chandeleur. L’année suivante, c’est le consul du Brésil qui vient admirer les performances de la race normande. Les jours Chandeleur, des milliers de bovins envahissent le bourg: un spectacle qui durera jusqu’aux années 1960, la Chandeleur déclinant dans les années 70 avec 300 bovins au lieu des 5 000 des années 50. Mais elle réussit sa transformation en foire commerciale d’hiver depuis la fin des années 80.

1936 : Montebourg reste à l’écart du Front Populaire malgré une industrialisation importante: fours à chaux du Ham, laiterie de Montebourg et du Cotentin…

1944 : La bataille de Montebourg après de Débarquement du 6 juin ruine complètement le bourg. Des familles entières restent une dizaine de jours terrées dans les caves sous les maisons incendiées ou à l’hospice pris dans les combats. Il y a 68 victimes parmi la population.

 

Le temps de la reconstruction

1952 : La reconstruction bat son plein mais les Montebourgeois vivent encore pour la plupart dans des baraques. Les dernières disparaîtront seulement en 1978, au Grand Clos. L’église, ouverte à nouveau au culte, est comme le symbole de la résurrection de la ville. Une ère d’expansion s’ouvre. Des cités ou résidences augmentent considérablement l’espace serré de la vieille ville, entre les années 50 et l’an 2000: celles des rues Coty et Kennedy, la résidence des Remparts, de l’Etoile près de l’abbaye, du Grand Clos, la résidence de Walheim, celle de l’Europe et celle du pont des Masses.

1960 : Les fêtes du couronnement de la statue de Notre-Dame de l’Etoile à l’Abbaye, le 1er mai, rassemblent à Montebourg des Frères des Ecoles chrétiennes venus en délégation du monde entier. La même année, en juillet, le général De Gaulle, président de la République depuis 1958, s’arrête à Montebourg, Place Albert-Pèlerin, accueilli par le maire, le Dr Raymond Eliard, serre des mains et salue la foule en levant les bras en formant le V de la Victoire.

1958-1969 : La fidélité au Général De Gaulle s’impose et s’use. Au référendum du 28 octobre 1958 sur la nouvelle constitution voulue par le Général De Gaulle, 896 Montebourgeois disent oui au général, soit 96% des exprimés. En avril 1962, pour ratifier les accords d’Evian destinés à conclure le conflit algérien, ils approuvent à 93,8%. Mais la fidélité s’effrite: 67,3% pour le Général De Gaulle aux présidentielles de 1965, 642 voix contre 312 à François Mittterrand. Et au référendum du 27 avril 1969 qui a vu le non l’emporter en France et qui a entraîné le départ du Général De Gaulle, Montebourg a approuvé modestement, par 485 oui contre 426 non, soit à 53,7% des suffrages exprimés. Parallèlement, dans cette même période, le candidat gaulliste aux législatives, Pierre Godefroy, s’est bâti une véritable légitimité cassine, même si ce destin n’était pas évident lors des législatives de novembre 1958. Pierre Godefroy était alors opposé, entre autres concurrents, à Henri Lecacheux, montebourgeois d’origine et maire de Saint-Cyr-Bocage, qui se présentait sous l’étiquette indépendant (on dirait aujourd’hui divers droite), de même sensibilité que son oncle, le Dr Joseph Lecacheux, décédé en 1952, et qui fut député puis sénateur de la Manche. Elu dès le premier tour sur la circonscription de Valognes, Pierre Godefroy, journaliste agricole bien implanté dans le monde rural, ancien élève de l’abbaye de Montebourg, arrive pourtant loin derrière Henri Lecacheux à Montebourg (69 voix contre 499). Mais aux élections suivantes, novembre 1962, mars 1967, juin 1968, il ne cesse de progresser en voix à Montebourg: 427 en 1962 (soit 46,7%), contre 190 à Henri Lecacheux et 264 à Jean Pottier, SFIO, adjoint au maire de Montebourg; 543 en 1967 (58,3%); 666 en 1968 (73,1%).

1963 : Le Centre d’aide par le travail pour handicapés est créé, avec l’aide du Secours Catholique et des bâtisseurs d’Emmaüs de l’abbé Pierre. L’œuvre n’est pas banale. Le centre ne cessera de se développer jusqu’à accueillir une centaine de résidents qui travaillent en ateliers.

1979 : Le commune se dote d’une zone artisanale, avec l’espoir d’enrayer les pertes dues à la fermeture ou aux menaces de fermeture des grosses entreprises du canton (Tirapu bâtiment, les Ciments Français, la Laiterie coopérative de Montebourg au Ham).

1986 : Après deux siècles de traversée de Montebourg, la route Paris-Cherbourg passe à nouveau au large du bourg. On s’interroge sur ses effets économiques. Montebourg est en chantier: la Maison de Retraite se reconstruit entièrement. Un Foyer-Résidence pour personnes âgées est bâti rue de l’Abbaye. On lui donne le nom du Docteur Eliard, ancien maire. Le collège est tout neuf et inauguré avec, comme parrain, Charles-François Tiphaigne de la Roche, philosophe du XVIIIème siècle, né et mort à Montebourg, précurseur de la photographie. Image de l’avenir, image souriante s’il en est, ce collège, avec l’Abbaye et les écoles maternelles et élémentaires publiques et privées anime le quotidien de Montebourg de la présence de quelque 1 200 élèves, bambins, collégiens et étudiants.

 

Aujourd’hui

2008 : de recensement en recensement, entre 1990 et 2006, Montebourg, comme la plupart des bourgs et des villes de la Manche, perd des habitants: 2 052 en 1990, 2 022 en 1999, 2 016 en 2006. A cela s’ajoute un vieillissement de la population, malgré une politique régulière de création de lotissements et de résidences, dont l’implantation “grignote” les terres agricoles explotées par les éleveurs de Montebourg. C’est d’ailleurs un trait caractéristique de l’évolution que la perte du caractère rural de Montebourg à la fois par la disparition de ses 11 foires dans les années 1960-1990, et par la diminution constante du nombre d’exploitation agricoles sur la commune: 21 en 1970; 16 en 1988; 7 en 2000; 5 en 2005 ; 4 en 2008. La population est composée majoritairement d’employés et d’ouvriers aux revenus modestes, inférieurs à la moyenne bas-normande, pourtant peu élevée en compraison avec la moyenne française. Il en est de même pour les retraités. Cette situation explique peut-être le refus de l’Europe exprimé par les électeurs montebourgeois en 1985, et le passage au vote de gauche majoritaire lors de l’élection présidentielle de 2007 (52,3% pour Ségolène Royal) et aux législatives qui ont suivi (54,6% à la candidate PS contre le député sortant UMP). Ce qu’on pourrait appeler des “années grises” se manifeste toutefois par une résistance des commerces, encore nombreux et surtout diversifiés (ainsi que des services) et des entreprises artisanales avec des projets de développement et d’implantations nouvelles sur la zone d’activités du Haut Gelé en 2008-2009. Dans le domaine touristique, malgré un bon équipement commercial, des monuments historiques, un lien avec les sites du Débarquement allié de 1944 et de la Bataille de Normandie, un environnement naturel propice aux randonnées pédestres et équestres, la proximité de la mer et des équipements nautiques de Quinéville, et des possibilités importantes d’hébergement(à l’Abbaye notamment), Montebourg souffre d’un déficit d’image qu’il ne parvient pas à surmonter, malgré ses atouts.

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